Jacques Garcia : créativité débordante et sens des effets

Jacques Garcia : créativité débordante et sens des effets

J.GARCIAJacques Garcia est aujourd’hui un des décorateurs français les plus sollicités. En 1992, il a un véritable « coup de cœur » pour Champ de Bataille, un château du XVIIème, qu’il a restauré avec passion et qui, grâce à lui, a pu retrouver ses splendeurs princières d’antan.

Jacques Garcia découvre très jeune ses facilités pour le dessin et sa fascination pour les objets d’art et c’est tout naturellement qu’il se dirige vers une école d’architecture d’intérieur Peninghen, qu’il complète par une formation aux Métiers d’Art. Dans le cadre de l’agence où il débute, il se spécialise dans l’architecture contemporaine, en réalisant notamment les concepts intérieurs de la tour Montparnasse et des hôtels Méridiens. Versé dans des projets ultra modernes, l’homme va s’ouvrir de concert à l’Art Contemporain : il court les galeries, s’enthousiasme pour ces jeunes artistes qui savent rompre avec le passé et se constitue une collection faite de coups de cœur, d’intuition, et de rencontres qui remportera lorsqu’il décidera de la céder, un énorme succès.

En se passionnant pour l’art conceptuel en particulier, il découvre beaucoup de parallélisme avec le XVIIème siècle qu’il affectionne depuis toujours. Chineur invétéré, il accumule sans le savoir les objets qui peupleront ses futurs décors. Aiguisant sa science de l’objet à travers les livres, dotée aussi d’une intuition innée, il constitue par passion mais aussi par mission, celle de rassembler patiemment ce que la Révolution française a si vite dispersé, une fabuleuse collection de meubles et d’objets royaux, souvent mal attribués et qu’il acquiert à moindre frais. « Je perçois d’instinct qu’un meuble est différent des autres, je le sens rempli d’âme, comme gavé de vécu », explique Jacques. Très vite, cette passion de collectionneur le pousse à vouloir mettre en scène ses trouvailles et il s’attache peu à peu une clientèle privée qui s’adresse au grand maître pour ressusciter des demeures d’exception. Ses clients s’appellent d’Ornano, Bouygues, Mauboussin… Jacques décide alors de s’installer à titre privé dans un des lieux les plus époustouflant de la capitale, l’hôtel de Mansart situé rue des Tournelles. La demeure d’un des principaux architectes de Versailles, retrouve sous son égide les fastes d’un glorieux passé. Il parvient à le hisser à l’altitude des chefs-d’œuvre, incarnant le style Garcia « celui de voir grand dans l’élégance, de faire riche sans pour autant s’appesantir ».

Un registre créatif inépuisable

ANTINEUS DROIT PHOTO#2B2654Dans les années quatre vingt dix, le travail de Jacques Garcia connaîtra une inflexion d’importance avec la rencontre de Diane Desseigne, propriétaire du groupe hôtelier Lucien Barrière. Commençant avec la rénovation de quelques suites de l’hôtel Royal de Deauville, une relation de confiance s’installe très vite entre l’héritière et le décorateur, donnant lieu à une collaboration toujours actuelle. Il rénove tous les fleurons du groupe du mythique hôtel Majestic à Cannes au grand hôtel d’Enghien, de Dinard à La Baule. En passant du privé au public, Jacques Garcia franchit un pas déterminant qui lui portera chance et lui offrira l’opportunité d’étendre son registre créatif en s’inspirant d’univers très différents, du minimalisme zen à la surcharge néo-gothique, de l’exotisme retour d’Egypte à la folie Napoléon III. Son talent est de plus en plus apprécié et sa notoriété grandit au fil du temps. Il faut dire que son nom est associé à de prestigieux chantiers comme par exemple, le pied à terre parisien du Sultan de Brunei, pas moins de 6 000 m² situés Place Vendôme à Paris. Mais en fait, ce n’est qu’en 1996, à l’ouverture de l’hôtel Costes, que les parisiens découvrent pour la première fois dans toute son ampleur le style Garcia. On n’avait jamais vu jusqu’alors autant de personnalité dans un lieu public. A l’heure du minimalisme ambiant, il fallait un esprit singulièrement indépendant pour afficher une telle audace. Le « tout-Paris dont on parle » applaudit et l’hôtel Costes devient un des hôtels les plus prisés de la capitale. Le mythe est né et depuis ce sont plus de 24 hauts lieux de Paris et pas des moindres qui portent le sceau Garcia : le Fouquet’s, Ladurée, l’Esplanade, L’Avenue, la Grande Armée, le Ruc, le Cabaret, L’hôtel des Beaux-Arts, le Rivoli Notre Dame… L’étranger est à son tour atteinte par la fièvre Garcia, les projets affluent et sous n’importe quelle latitude, le public se précipite au rendez-vous du grand genre : New York, Chicago, Las Vegas, Beyrouth, Baden Baden, Genève, La Haye, Bruxelles… En 2000, c’est la consécration ! Le succès en librairie de son livre « Jacques Garcia ou l’éloge du déco» publié chez Flammarion vient confirmer la côte d’amour du public. Avec plus de 34 000 exemplaires vendus en 6 mois et cela malgré 3 ruptures de stock, c’est un succès sans précédent pour la maison d’édition !

Plus de 38 hectares de jardins extraordinaires

Jacques Garcia est un homme qui a l’habitude d’aller jusqu’au bout de ses passions. Il acquiert en 1992 l’un des plus imposants châteaux du XVIIème siècle français, situé en Normandie à une centaine de kilomètres de Paris. En l’espace de cinq ans, il ressuscite Champ de Bataille de ses splendeurs princières, livrant à cette demeure le meilleur de lui-même. A lui seul, Champ de Bataille offre l’étendue du talent de son propriétaire, un mélange de genres, d’alliances, d’emprunts qui exalte le grand goût, livrant un enchaînement de salons, de galeries, de cabinets de jeux, de bibliothèques, richement décorés, admirablement meublés. Mais la passion qu’il nourrit pour toutes les choses élevées le pousse très vite à s’intéresser aux jardins qui entourent la bâtisse. Son objectif : la restitution des jardins à la française dans l’esprit des créations d’André Lenôtre tels qu’ils avaient été pensés à l’origine, avec bosquets, parterres dessinés, bassins, allées, terrasses, plans d’eau, fontaine et perspectives, afin de redonner au site son unité initiale. A propos du Champ de Bataille, le vicomte Jean de La Varende, célèbre écrivain français disait : « Ici règne l’ampleur. Le décor n’intervient qu’après la déclaration de puissance. » Cette idée a guidé Jacques Garcia lorsqu’il a recréer, à partir de rien ou presque, des jardins qui sans doute avaient été somptueux, mais dont le temps avait effacé jusqu’à la dernière trace. Seul un bout de croquis avait échappé à l’oubli : né probablement de la main de Le Nôtre, ce document désignait à grands traits l’emplacement de la Grande Terrasse, le dessin des vieilles broderies de buis, les anciens bosquets de part et d’autre, ainsi que les proportions des Carrés de Diane et d’Apollon. Ces rares éléments d’époque ont été restitués scrupuleusement ; et pour le reste, ce sont eux qui ont donné la mesure et la tonalité des nouveaux jardins. Rejetant l’option d’une reconstitution anachronique de jardins français à la mode du Grand Siècle, Jacques Garcia devait prendre d’emblée le parti d’une œuvre contemporaine puisant à la source antique. L’inspiration du moment dans les formes de toujours : tel aura été le principe directeur d’un parc résolument actuel, éclos dans le cadre d’une structure classique. En tout, plus de 38 hectares dessinés, nivelés, plantés, irrigués, une tâche titanesque qui font de ces lieux, l’une des plus grandes réalisations de jardins privés en France du XXème siècle. Avec plus de 40 réalisations d’envergure par an et une notoriété grandissante, le créateur a souhaité développer ses propres collections de meubles, de lampes et de tissus aux Etats-Unis et partout dans le monde. Spécialiste des lieux mythiques, du restaurant favori de James Joyce (Le Fouquet’s) à la villégiature parisienne d’Oscar Wilde, (l’hôtel des beaux-Arts), Jacques Garcia s’est aussi attaché une clientèle privée prestigieuse et internationale, de François Pinault à l’Emir du Qatar, de Charles Cohen au Cheik Al Soleman. Cet homme à la classe naturelle est toujours souriant. Mais, si ce « Génie de la décoration » à fait de son métier un véritable sacerdoce, il a également une seconde passion dans la vie : il adore cuisiner. Sa spécialité ? Le coulibiac au saumon ! Laure Pierre, photos Christophe Ioannidis